LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE 2

LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE 2

« CONVICTIONS » de MANCHINI DEFELA : les mots des maux du poète

 

Certaines réalités  de l’existence portent atteinte à l’âme humaine. Ce ballet de « pourquoi ? »  Sur nos lèvres dont on ignore le destinataire, étiole  l’espoir  notoire du « moi »  des cœurs en émoi. Autant d’écueils qui pourrissent nos rêves et les foules aux pieds de nos meurtrissures. Quand l’on doit découvrir la terreur  dans l’abysse infernale  de la vie, on se demande bien ce qui peut rester de l’HOMME ! Et le poète chante ses maux sur cette scène  ivre de larmes… ou même les mots semblent morts, tant ils sont impuissants à traduire la misère de l’homme. Seulement au cœur de ce volcan de douleur, la joie fuyante peut encore rencontrer le brin d’espoir  auréolé de cette certitude du lendemain, en dépit de ce que nos yeux peuvent voir dans l’instant  présent, ce sont nos CONVICTIONS  que déclament les 161 pages de MANCHINI DEFELA .  

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Il nous  brandit ces lettres  humidifiées, et sa plume flagellée par le sort de la vie. Ce recueil de poème paru aux éditions MATRICE en AVRIL 2014 , est  un chant taciturne  dû aux coups de fouet  de l’existence reçu par ce critique littéraire ; ce n’est que son témoignage…

Le bal est ouvert , l’ébranlement de MANCHINI est irrécusable avec ‘’ pleure pas DIANA’’ , le tout premier poème de MELANCOLIE (premier casier du recueil). Devant ce refus d’accepter  l’ultime repos de « son enfant », le poète semble être au crépuscule de son souffle… ‘’je prends juste un peu d’alcool… je fais l’ultime affûtage…je tire ma dernière came … il sera bientôt là ton papa…’’  Quelques vers  qui témoignent  de la plaie immense qu’il porte dans les tréfonds de son âme. Il poursuit sa marche  pathétique avec  ‘’ce soir, a l’aube du crépuscule’’ ; incontestablement, il a mal. Mal d’avoir  perdu son sang, mais il souffre  également de n’avoir rien pu donner a une mère partie trop tôt…notre poète larmoyant ne dit pas seulement l’oraison funèbre, toutefois il parle et sous sa plume il fait danser aussi l’amour. ‘’FRED’’  et ‘’PRUNELLE ‘’ monument d’un amour vrai et sans tricherie, comme  l’explicite  ‘’ au cœur des proses’’, d’ailleurs que devient cet amour qui semble  incorruptible quand souffle  ‘’le vent des lamentions’’ ? Peut-être une stèle…Dans ce jardin saumâtre du poète, ou s’entremêlent  chagrin, déception, incompréhension caustique, désolation extrême, l’espoir ne s’est pas pour autant amaigri au point de disparaître, c’est le deuxième compartiment de ce recueil : ESPOIR. Au cœur de cette espérance dans laquelle, il entend demeurer, le poète s’envole et nous avec dans une élégie  qui loue l’amour. De même il clame la fraternité et la paix… cependant ne sont-elles pas des ILLUSIONS  toutes ces RESOLUTIONS ? Une plume qui coule des larmes de sang.

On doit dire que MANCHINI trémousse  du fond de son être et nous crache, tel un volcan épuisé,  tous ses maux. Ce recueil à forte charge émotive, est une vidange du cœur d’un poète qui semble avoir tout perdu, même sa propre vie. Ce lyrisme trop dur sur la mort, martyrise  la sensibilité du lecteur trop émotif. Et le poète pleure, et le lecteur épris de compassion l’imite. Une profonde remise en cause  sur la condition humaine  est faite dans ce livre. Pourquoi un enfant encore immaculé doit-il subir le salaire du péché ? Pourquoi l’amour, un si beau et grand sentiment, doit-il se muer à la vitesse de l’éclair, quand on y a tout mis ? pourquoi, pourquoi , et pourquoi…Autant d’interrogations qui se dressent à la vie? Encore si elle pouvait entendre. Et l’homme en veut à l’inconnu. On a envie de dire, ÂME SENSIBLE S’EN ABSTENIR, mais comment se priver de ces belles rimes, qui même dans les larmes font rêver…

Allons dire que c’est une poésie qui s’inscrit dans la versification presque classique. Rythme, mélodie et harmonie s’y invitent pour consacrer l’esthétique de la chose chantée. Par ailleurs, la parodie perçue à la page 53 ‘’ dame de lune’’, fait montre de l’ingéniosité du poète. Mallarmé n’entendait pas si bien  dire : « on ne fait pas la poésie avec les idées mais avec les mots ». Cette fête des mots ou plutôt cette danse des mots, notre poète l’a si bien réussi, même avec ses maux ! Compassion, voilà ce qu’on ressent dans  CONVICTIONS. La lecture de cette œuvre poétique parle à chacun, car on s y retrouve tous.

 

Sostène ATTE

Manchini defela, Convictions,  Poésie,  éditions 

 

in Le Nouveau Courrier du Vendredi 13 juin 2014



14/06/2014 3 Poster un commentaire

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